L’Anjou Saumur viticole

Cadre Géographique climatique et géologique

La province d’Anjou est essentiellement constituée par le département de Maine et Loire. Elle englobe cependant une partie de la région Nord du département des Deux-Sèvres et également de la Vienne. Elle est traversée par de nombreux cours d’eau (la Loire et ses affluents) sur les coteaux et terrasses desquels le vignoble est implanté.

Quelques îlots subsistent au nord de la Loire, plantés en pentes douces sur un substratum calcaire, souvenirs de l’ancien vignoble du Baugeois qui a aujourd’hui presque disparu. Au décor viticole s’est aujourd’hui substitué un environnement de polyculture, élevage et forêt.Au sud-ouest, vers Cholet, le paysage au relief ondulé prend un aspect bocager : ce sont les Mauges qui n’ont aucune vocation viticole. Le cadre climatique est beaucoup plus humide.L’Anjou présente un climat de type océanique tempéré, avec des écarts minima-maxima assez faibles ; la température y offre une douceur proverbiale. Cette expression vise surtout l’hiver et les longs printemps et automne. Les fortes chaleurs en été sont fréquentes. L’Anjou viticole est par ailleurs une enclave faiblement arrosée (550 mm à 650 mm) à l’abri de l’humidité océanique par les reliefs plus élevés du choletais et des Mauges.

Le vignoble angevin se trouve en zone septentrionale et les écarts des conditions climatiques d’une année considérée par rapport à la moyenne ont des incidences très importantes et font apparaître des risques d’année déficitaire. Aussi, toutes les variations des facteurs naturels dont dépend la qualité, ont une influence essentielle. La viticulture de qualité n’occupe que de faibles surfaces et elle n’est possible que dans des secteurs où les caractéristiques naturelles induisent une bonne maturité. La profondeur et la nature des sols, le relief, l’exposition sont d’indispensables clefs de détermination des terroirs viticoles.

Deux grands ensembles distincts se dégagent du point de vue géologique :

  • d’une part, à l’Ouest, le socle Précambrien (Briovérien des Mauges) et Paléozoïque rattaché au Massif Armoricain, avec des sols peu évolués à sols bruns développés sur schistes pouvant présenter localement des couvertures graveleuses ; c’est « l’Anjou Noir » et ses terres sombres développées sur le vieux socle armoricain,
  • d’autre part à l’Est, les terrains sédimentaires crétacés de la bordure Sud-Ouest du Bassin Parisien, transgressifs sur le socle ancien. Cette région caractérisée par les terres blanches  provenant de la craie tuffeau représente « l’Anjou Blanc ».

Ces deux ensembles dessinent deux régions viticoles associées mais distinctes quant au terroir. De même, ils soulignent la diversité des situations viticoles de la région et des productions regroupées en dix neuf Appellations d’Origine Contrôlée.

Le vignoble Anjou Saumur au fil de l'Histoire

L’existence de vignobles est reconnue en Anjou dès le 1er siècle après J.C. et ceci de façon continue.La vigne y a prospéré comme le témoignent ces quelques lignes tirées d’un poème d’Apollonius (VIe siècle)
« Il est non loin de Bretagne une ville située sur un rocher, riche des dars de Cérés et Bacchus, qui a tiré d’un nom grec son nom d’Andégave (Angers) ».

Le vignoble angevin s’est développé pendant tout le Moyen Age, s’installant sous l’égide des monastères sur les rives même de la Loire et autour d’Angers.Dès le XIIe siècle, Henry II Plantagenêt, Roi d’Angleterre et Comte d’Anjou, descendant du Comte Geoffroy d’Anjou, fit servir ses vins à la cour d’Angleterre. Au préalable, ce dernier avait fait remise aux bourgeois d’Angers de son droit de banvin (privilège de vente du seigneur au cours d’une période de l’année). Confirmée par Philippe Auguste, qui réunit l’Anjou à la couronne en 1205, cette mesure entraîna un grand développement des plantations. Ce qui fit dire à Guillaume Lebreton, dans sa Philippide « qu’on aurait peine à trouver une ville plus riche, plus belle, ni qui ait la gloire de produire en telle abondance un aussi noble vin ».

Par la suite, le vignoble ne cessa de prospérer sous la bienveillante protection des Comtes d’Anjou qui surent soustraire leur province aux ruines des Guerres de Cent Ans. Sous le règne du Roi René, le commerce des vins depuis Angers et Saumur atteignit son apogée jamais égalée depuis. Le livre de compte de ce souverain permet d’établir que vers 1460-1470, la production des vins en Anjou et Saumur dépassait 300.000 pièces (soit 900.000 hl). Ainsi, jusqu’à la fin du XVe siècle, le vignoble de l’Anjou était reconnu comme un des meilleurs et des plus riches, et cette notoriété était essentiellement attachée au territoire suburbain.L’activité du négoce hollandais qui s’établira aux XVIe et XVIIe siècles en des lieux portuaires inoccupés par le négoce traditionnel français, fera prospérer un nouveau vignoble de qualité (vins pour la mer) au détriment d’une partie du vignoble angevin médiéval de la périphérie d’Angers. Ces vins de la mer, fortement taxés à la douane d’Ingrandes/Loire, lieu de passage obligatoire et limite de l’ancien Duché de Bretagne, étaient par voie de conséquence des vins chers, donc nécessairement de haute qualité pour justifier leur prix. En amont d’Ingrandes, ne pouvait donc subsister qu’un vignoble de prestige complanté avec des cépages d’élite dont le Pineau de la Loire ou Chenin Blanc.

En 1775, l’auteur d’une description de l’Anjou déclare que les vins blancs les plus estimés sont ceux des Coteaux du Layon ; ceux récoltés à Faye d’Anjou, Bonnezeaux, Thouarcé, Rablay sur Layon, Millé, Chavagnes les Eaux, Maligné, Martigné Briand et Beaulieu sur Layon sont qualifiés de « première qualité ».

La canalisation du Layon en 1776, par la Compagnie des Mines de Houille de Saint Georges Châtelaison, permet aux bateaux des négociants hollandais de faire la collecte des vins de toute la côte du Layon, qui étaient jusqu’alors transportés avec difficultés par charrois jusqu'au port de Juigné sur Loire. Les vins blancs du Layon commercialisés alors sont estimés à 10.000 pièces, soit environ 25.000 hl.L’effondrement de la haute estime des vins de Loire auprès de la Cour Royale en France au XVIIIe siècle, provoquera la quasi disparition du vignoble périurbain d’Angers et, au XIXe siècle, les vins du Layon portaient pratiquement à eux seuls le prestige des vins d’Anjou, malgré les ravages occasionnés au vignoble pendant les guerres de Vendée.

Au XIXe siècle, l’arrivée du chemin de fer met les viticulteurs angevins et saumurois face à la concurrence des vins du midi et les astreint à une production de qualité. Par ailleurs, la crise du phylloxera touche durement le vignoble à la fin du XIXe siècle.Une fois la crise résolue, la recherche de qualité devient une préoccupation majeure et donne naissance à des appellations de grand renom. Ainsi, dès la création des A.O.C. en 1936 et un peu plus tard, les vins d’Anjou et de Saumur, dans leurs différents types, sont reconnus comme Appellations d’Origine Contrôlée.Enfin, en 2000, le Val de Loire (entre Sully sur Loire et Chalonnes) a été classé au Patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO. L’ensemble des AOC d’Anjou et de Saumur, dans ce périmètre, peut donc revendiquer aujourd’hui avec fierté le patrimoine historique et culturel de la région.

A savoir : l’Anjou compte 1 200 professionnels dans la viticulture pour une superficie de 20 000 hectares de production, entre Angers, Saumur, Ancenis et Thouars. En Anjou, 27% des exploitants ont moins de 40 ans contre 18% au plan national.

Christian Asselin

Le 4 janvier 2012